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Actualité

Les atouts des conseils de presse face aux défis du numérique

Absorbés par leurs tâches quotidiennes, les conseils de presse ont rarement l’occasion de se pencher sur leur rôle, leur organisation et leur avenir. Pour la deuxième édition du projet « Media Councils in the Digital Age » (MCDA)[1], le Conseil de déontologie journalistique (CDJ) belge a donc décidé d’organiser les « Media Councils Debates », une série de six webinaires portant sur la transition des conseils de presse vers l’ère numérique. L’ouvrage qu’il vient de publier résume la teneur de ces échanges, qui posent incontestablement les bases solides du dialogue à venir entre les conseils de presse et tous les acteurs impliqués dans le débat relatif aux médias d’information et à leur crédibilité.

Alors que le Forum européen organisé par le CDJ au cours de la première phase du projet MCDA touchait à sa fin début 2020, la pandémie de Covid-19 s’imposait brusquement à l’agenda des conseils de presse, révélant plus que jamais le rôle qu’ils jouent et doivent jouer pour (re)construire la confiance entre le public et les médias. Il était alors clair que ces conseils devaient davantage échanger leurs points de vue sur les défis communs à relever et parler d’une seule voix, afin d’être entendus au niveau européen, notamment sur les questions de fiabilité de l’information et de lutte contre la désinformation.

Dans cette optique, le CDJ mettait en place les « Media Councils Debates », des sessions virtuelles dans lesquelles les membres des conseils de presse européens abordaient des questions transversales en lien avec les médias en ligne et les réseaux sociaux, recherchant les bonnes pratiques, les points de convergence, les terrains d’entente.

Une expertise de plus en plus (re)connue

Comme le rapport de ces travaux le montre, les débats ont incontestablement répondu aux attentes. Ils ont confirmé que les conseils de presse partagent à la fois un intérêt et un avenir communs. En effet, quelles que soient leurs particularités organisationnelles ou les variations dans l’énonciation des principes déontologiques, les fondamentaux restent les mêmes : défendre la responsabilité, l’exactitude, la crédibilité et la fiabilité de l’information. Si leur expertise était déjà reconnue en grande partie par les journalistes et les médias, la crise sanitaire les a révélés au grand public, la crise et les plaintes inhérentes à son traitement journalistique les poussant à informer davantage ce dernier sur la mésinformation et la désinformation en ligne.

Vers une voie plus inclusive

Un autre volet du rapport souligne d’ailleurs qu’indépendamment de leur système d’affiliation et de leurs compétences actuelles, les conseils de presse envisagent tous l’ouverture aux contenus numériques avec la même approche pragmatique. Ainsi, s’ils n’entendent pas autoréguler tout ce qui circule sur les réseaux sociaux, ils sont conscients que les contenus journalistiques partagés sur ces plateformes doivent être protégés et autorégulés là comme ils le sont ailleurs, sans différence d’approche. L’inclusion de ces contenus, bien que parfois difficile, est a priori de mise car aussi nécessaire que la liberté d’expression et le droit à l’information.

Cet enjeu est central. Pourtant – et c’est là l’une des principales conclusions des travaux –, en dépit de l’ampleur de la tâche accomplie aujourd’hui par ces conseils qui ont accumulé une expertise sur des questions centrales pour nos sociétés contemporaines (la définition du contenu journalistique ou de l’information, la modération des commentaires sur les forums, la lutte contre la désinformation et les discours de haine, pour n’en citer que quelques-unes), ils n’ont que peu ou pas de prise sur ces questions aujourd’hui.

Une source d’inspiration et de solutions

Et d’avancer que si progrès il doit y avoir, celui-ci devra passer par un dialogue avec les législateurs et les autres parties prenantes, afin de faire tomber les barrières résultant de malentendus et de représentations erronées qui persistent. Si la régulation des réseaux sociaux ne peut être évitée, ce dialogue pourrait ainsi conduire à une solution qui privilégie une exception légale pour les contenus journalistiques. Dans cette hypothèse, compte tenu de l’indispensable indépendance des journalistes et des médias, l’autorégulation journalistique pourrait avoir la priorité sur une régulation externe. Une telle action de première ligne n’exclurait pas l’intervention de l’État si l’autorégulation devait se révéler inefficace, face par exemple à des acteurs malveillants ou peu fiables qui prétendraient participer au jeu déontologique, sans en respecter les règles pour autant. S’inspirant de modèles existants, cette articulation entre régulation et autorégulation démontre que les conseils de presse sont de véritables atouts qui enrichissent le débat général sur les médias à l’ère numérique, en plaçant la déontologie et la responsabilité au centre de la discussion.

Cliquez ici pour télécharger « The Media Councils Debates. Facing the Challenges of the Digital Age ».


[1] Avec la Fédération européenne des journalistes (FEJ), les conseils de presse autrichien (OP), belges (CDJ et RVDJ), allemand (TDP) et finlandais (JSN) ainsi que des universitaires de l’ULB et de Blanquerna-Ramon Llull ont créé un consortium pour lancer le projet « Media Councils in the Digital Age » (MCDA) en 2019. Cofinancée par la Commission européenne (DG Connect), cette initiative vise à soutenir les modèles européens d’autorégulation des médias à travers un réseau de conseils de presse, l’Alliance des conseils de presse indépendants d’Europe (AIPCE).

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