22 juin 2012

A plusieurs reprises, le CDJ a été sollicité par des plaintes ou des demandes d’information suite à des émissions ou des articles concernant l’islam. A côté des griefs déontologiques qu’ils exprimaient, des plaignants ont souligné l’importance, pour les journalistes, d’utiliser les termes corrects. L’actualité le confirme. Nous avons élaboré avec l’aide du professeur Felice Dassetto (UCL) – qu’il en soit vivement remercié – une liste de quelques termes qui reviennent fréquemment dans la couverture de cette actualité. Il ne s’agit pas de normes déontologiques, évidemment, mais de points de repère pour la pratique journalistique.

Les courants :

  • Musulman : Adepte de l’islam, la religion basée sur le Coran, texte qui est considéré comme la parole de Dieu, d’Allah, telle que prêchée par le Prophète Mahomet.
  • Islamique : Se réfère à l’islam, à la religion islamique, sans connotation particulière.
  • Islamiste : Terme utilisé dans le monde occidental scientifique et médiatique depuis les années 1970. Il désigne les mouvements politico-religieux nés pendant ces années dans le contexte des Etats indépendants, issus de la tradition radicale des Frères musulmans. Ces mouvements envisagent la création d’un Etat islamique, un Etat qui soit totalisant et pour l’atteindre , une action avant tout non parlementaire, qui peut impliquer l’action armée. Parmi les mouvements qualifiés d’islamistes, à l’époque, on trouvait le Mouvement de la Tendance islamique tunisien, le mouvement Anathème et retraite égyptien, le Jihâd islamique égyptien (qui a assassiné Sadate) et même le Front Islamique de Salut algérien. L’expression « islamisme » traduit une auto-appellation de ces groupes parmi lesquels a circulé l’appellation d’ islamyyoun pour signifier qu’ils veulent vivre dans toutes ses conséquences et avec engagement le fait d’être musulmans. Ils veulent donc se distinguer des « musulmans », considérés comme tièdes.
  • Islamisme radical : l’adjectif radical a été utilisé pour qualifier les expressions les plus extrêmes de ces groupes (attentats terroristes etc.). Le terme est entré également dans la langue turque et arabe.
  • Islamisme modéré : terme utilisé depuis l’arrivé au pouvoir de l’AKP en Turquie et appliqué aussi aux régimes des pays du Printemps arabe. La « modération » présumée s’applique aux trois axes de l’islamisme. Il s’agirait de mouvements et de partis qui : a) sur la question d’un Etat islamique, suspendent l’affirmation nette et inéluctable d’un tel Etat (même si on peut penser qu’à terme il s’agit de leur objectif) ; b) n’envisagent pas la création d’un Etat total islamique, mais acceptent un certain pluralisme tant politique (partis laïques, présence de non musulmans à la tête de l’Etat, etc.), que dans la société civile (liberté d’association, liberté d’expression…). c) s’expriment surtout par une action parlementaire ou une pression de rue mais pas par une action armée (putschiste, terroriste…).
  • Salafisme (origines) : auto-appellation d’un courant doctrinaire de l’islam né et développé dans le contexte du Wahhabisme saoudien. Le wahhabisme, ciment religieux-idéologique de l’Arabie saoudite et au service de la visée géopolitique de ce pays, est né en Arabie à la fin du XVIIIe siècle, parallèlement à d’autres courants analogues dans d’autres pays du monde. Ibn Abdelwahhab (1703-1792) prône une méthode afin de concrétiser dans la vie sociale le message musulman. Il s’agit d’œuvrer pour un retour aux textes fondateurs de l’islam que sont le Coran et les paroles (Hadith) du Prophète qui ont été recueillies lorsque celui-ci était à la tête de la communauté musulmane et la gouvernait au quotidien, afin de purifier l’islam des « scories » laissées par les siècles d’interprétation et d’adaptation dues aux écoles juridiques (malekisme, hanafisme, shafiisme etc). Ce retour aux sources doit se faire par une lecture littérale des textes fondateurs. De ces principes découle notamment un rigorisme moral, l’application à la lettre de la loi islamique.
  • Salafisme aujourd’hui : L’appellation « salafisme » fut souvent utilisée dans l’histoire de l’islam, car il s’agit d’une volonté de « retourner aux anciens (salaf). Les « anciens » étant le Prophète. En somme il s’agit d’affirmer la volonté de créer, maintenant, la communauté musulmane du moment du Prophète (ou plus exactement celle que l’on pense quelle était). Ce qui a été appelé salafisme depuis les années 1980 est une « modernisation » du wahhabisme sous l’impulsion de l’establishment saoudien. Mais sur le fond les principes du wahhabisme restent inchangés. Cependant, les événements des pays du Printemps arabe ont fait apparaître une transformation : l’entrée dans la sphère politique des salafites. L’avenir dira s’ils s’inscrivent dans la voie de l’islamisme « modéré » ou s’ils empruntent une autre voie.
  • Fondamentalisme musulman : Fait référence à un retour aux fondements de la religion islamique. Les fondamentalistes souhaitent rétablir la charia et créer un Etat islamique. Ils critiquent donc l’adoption de « lois infidèles » ainsi que la modernisation sociale et culturelle de la société.

Les gens :

  • Sunnite : Les musulmans sont partagés en deux grandes familles, les sunnites et les chiites. Les sunnites représentent l’écrasante majorité des musulmans. Ils se considèrent comme les orthodoxes de l’Islam, fidèles au Coran et à la loi de Dieu. Ils reconnaissent l’autorité du Calife, qui est le successeur du Prophète.
  • Chiite : Les chiites sont largement minoritaires, et principalement basés en Iran et en Irak. Ils contestent la succession du Prophète Mahomet. Selon eux, la succession doit être assurée par un membre de sa famille. Donc, l’opposition avec les sunnites repose sur la question de l’autorité qui représente l’Islam.

  • Imam (litt . guide, à ne pas confondre avec iman, terme arabe qui signifie : foi): C’est celui qui guide la prière. Usuellement cette fonction peut être assurée par tout fidèle mâle, ayant le plus de connaissance ou étant le plus âgé. Plus spécifiquement, Imam désigne celui qui guide la prière du vendredi et qui assure aussi le prêche. Dans les Etats modernes cette fonction a tendance non seulement à se professionnaliser mais également à se fonctionnariser.
  • Moudjahid (Moudjahidin au pluriel) : Celui qui fait le djihad. Combattant de la guerre sainte. Ou combattant de mouvements de libération du monde musulman.

Les normes :

  • Coran : Pour les musulmans, c’est la parole de Dieu dictée par Allah à Mahomet. Il est divisé en sourates.
  • Sunna : Les paroles, attitudes et actes du prophète Mahomet ont été transcrits par ses proches. Ce sont les hadith, dont l’ensemble constitue la Sunna.
  • Prêche : Ce terme générique se spécifie dans le sermon prononcé le jour du culte assembléaire, le vendredi midi (Qotba en arabe). Il est prononcé par une figure attitrée ayant une connaissance plus approfondie et souvent une aura reconnue. La qotba aborde le plus souvent des thèmes d’actualité, qu’il éclaire du regard religieux, ou des thèmes plus fondamentaux relatifs à la foi et à la manière de vivre cette foi.
  • Djihad (ou Jihad) : Guerre sainte que tout musulman doit accomplir pour défendre ou éventuellement étendre le domaine de l’islam. Le Coran encourage cette guerre sainte et offre le Paradis au martyr, celui qui meurt pour Allah.
  • Charia : C’est la loi canonique islamique qui régit la vie religieuse, politique, sociale et individuelle. Elle est en vigueur dans certains Etats musulmans.
  • Fatwa : Décision juridique prononcée par un dignitaire religieux à partir de la Charia.

L’habillement :

  • Foulard : Le voile, ou hidjab vient du mot arabe hajaba, qui signifie cacher, dérober aux regards, mettre une distance. Il s’agit d’un voile qui cache les cheveux, les oreilles et le cou, ne laissant voir que l’ovale du visage.
  • Niqab : Dans les pays arabes, le niqab, voile intégral complété par une étoffe ne laissant apparaître qu’une fente pour les yeux, s’est répandu sous l’influence de l’islam wahhabite, surtout en milieu urbain. Certaines femmes y ajoutent des lunettes de soleil et des gants, voire un masque.
  • Burqa : A l’origine, la burqa est le vêtement traditionnel des tribus pachtounes en Afghanistan. Il s’agit d’un long voile, bleu ou marron, qui couvre complètement la tête et le corps, et dont un grillage dissimule les yeux. Les Talibans l’ont rendue obligatoire.
  • Tchador : Le tchador, en Iran principalement, est un vêtement traditionnel porté par les femmes, utilisé aujourd’hui par d’autres pratiquantes. Il s’agit d’une grande pièce de tissu posée sur la tête, laissant apparaître l’ovale du visage, tenue fermée à l’aide des mains, voire des dents si la femme a besoin d’utiliser ses bras.

Jean-Pierre Borloo